Laura's Angel

Musique / Orgue & Trompette — 2024

À propos de l’œuvre

Affiche de Laura's Angel — Twin Peaks, avec Raphaël Lucas, Fabien Norbert et Jean-Baptiste Monnot à l'Auditorium de Radio France

« Laura’s Angel » est une création mondiale pour orgue et trompette, co-commandée par l’Abbaye de Sylvanès et Radio France. L’œuvre a été créée le 22 décembre 2024 dans le cadre du Concert de Noël à la Maison de la Radio et de la Musique, après un enregistrement à l’Auditorium de Radio France le 21 décembre.

Interprètes

Les cinq mouvements

  1. Falling into space
  2. Burst into fire
  3. Forever
  4. Agnus dei
  5. They’ve all gone away

L’inspiration : Twin Peaks

L’œuvre est traversée de part en part par le fantôme de Laura Palmer, l’héroïne malheureuse de la série Twin Peaks réalisée par David Lynch et Mark Frost dans les années 1990.

Le titre de chaque mouvement renvoie à une conversation entre Laura Palmer et son amie Donna — une conversation sombre et prémonitoire autour de la mort, ou disons de l’idée de la chute mortelle. Le compositeur s’est souvenu notamment d’un extrait du film Fire Walk with Me (le 3ème épisode de la série) dans lequel Laura Palmer évoque la figure de l’ange ; un ange qui est tout sauf salvateur, puisqu’à la fin du film Laura est sacrifiée.

« Si tu chutais dans l’espace… tu irais de plus en plus vite. Longtemps tu ne sentirais rien. Puis tu prendrais feu, pour toujours. Et les anges ne pourraient pas t’aider parce qu’ils sont tous partis. »Twin Peaks : Fire Walk With Me (David Lynch, 1992)

Note d’intention du compositeur

« Laura’s Angel, pour orgue et trompette, prend racine dans l’univers de Twin Peaks créé par David Lynch et Mark Frost au début des années 90. Bien que presque entièrement absent de la série, son personnage central, Laura Palmer (interprété par Sheryl Lee), une jeune femme dont on découvre le meurtre dès les premières minutes de la série, irradie toute l’œuvre d’une aura puissante de mystère et de martyre.

C’est dans le film Fire Walk With Me, troisième volet de la série, qu’il est fait mention d’un ange, lors d’un dialogue entre Laura et sa meilleure amie Donna. Après avoir abandonné Laura à l’horreur de son sort, l’ange finira par intervenir, mais pas comme sauveur. Laura aurait dû se sacrifier pour se sauver elle-même. Comme le Christ, elle doit subir l’épreuve de l’abandon et son seul réconfort sera la rédemption.

C’est en m’appuyant sur certains des motifs qui constituent l’œuvre de Lynch et Frost que j’ai conçu cette nouvelle pièce : la transgression, le feu, l’abandon, le mysticisme, le désir. Et la violence de chacun de ces motifs. Dans cette pièce, j’ai souhaité donner une matérialité à ce qui en est dépourvu en transgressant le cadre même de ce qui est attendu d’une pièce pour orgue et trompette : la référence à la culture populaire, l’existence de sons en dehors des limites qui sont habituellement celles des deux instruments, la conception de l’écriture comme processus fluide, dans lequel les interprètes apportent autant à la création de l’œuvre que le compositeur, la primauté de la matière sur le discours. »

— Raphaël Lucas

Une création organique et sauvage

Raphaël Lucas, Fabien Norbert et Jean-Baptiste Monnot — les trois créateurs de Laura's Angel

La composition de Laura’s Angel s’est faite à six mains. Le trompettiste Fabien Norbert a montré tout ce qu’il savait faire en dehors des sons traditionnels de l’instrument et Raphaël Lucas s’est plu à utiliser ces modes de jeu étendus.

Il a aussi bénéficié de plusieurs heures d’exploration de l’orgue Grenzing de Radio France aux côtés de Jean-Baptiste Monnot pour apprivoiser l’orgue et en exploiter les bruits périphériques et les textures (les mélanges de registres). Il est « sorti » de l’idiome traditionnel de l’orgue, pour explorer le registre du cri et des respirations animales.

Les audaces du cinéaste, son goût pour les ombres, les énigmes, les mystères et le rêve trouvent une résonance dans l’univers sonore de Raphaël Lucas. Il s’est employé notamment à construire toute sa suite sur des sonorités spécifiques de l’orgue « comme des acouphènes ». Ces acouphènes tissent la trame des cinq mouvements de la pièce et assurent les transitions d’un mouvement à l’autre.

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